La Terre, une ressource convoitée par tous

Le 19/05/2011
                

Lorsqu’on parle de la mauvaise répartition des ressources naturelles, on pense bien souvent aux problèmes d’accès à l’eau et à l’utilisation excessive qu’on en a dans les pays du Nord, ou encore, on pense à l’utilisation du bois, aux milliers d’hectare de forêts qui sont déboisés (légalement ou non) pour les besoins de l’industrie du bois…

On pense souvent moins à la ressource qu’est la terre. Et pourtant, cette ressource fait également l’objet de convoitises particulières. Cette ressource, pourtant moins facilement transportable que l’eau ou le bois, est au centre de nombreuses attentions depuis quelques années.

En effet, des sociétés privées ou des pays achètent des terres dans des pays pauvres et en particulier sur le continent africain pour les cultiver. Depuis quelques années, c’est l’équivalent de 13x la superficie de la Belgique qui a changé de mains ou qui est l’objet de négociations en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Plus de 40 millions d’hectares ont été achetés à des pays en développement par des pays riches, des puissances émergentes ou encore des fonds d’investissements. Et le phénomène va en s’amplifiant.

Pour quelles raisons ?

D’une part, pour des pays comme la Chine ou l’Inde, il s’agit ainsi de pouvoir nourrir leurs populations dans un contexte où la pression sur les terres est de plus en plus forte (croissance démographique, changement des habitudes alimentaires, accroissement de la demande en agro carburants, changements climatiques etc.). D’autre part, les sociétés de l’agro industrie voient dans l’achat de ces terres à l’étranger une chance d’augmenter leur production.

Vous l’aurez compris, au-delà des enjeux économiques de ces pays ou de ces sociétés, cette nouvelle tendance, qualifiée d’accaparement des terres, est source de préoccupations tant pour les paysans à qui on achète les terres (souvent à des prix dérisoires voire même sans leur demander leur avis) que pour les associations de défenses des droits de ses paysans. La question qui se dessine alors est de savoir comment ces populations vont se nourrir s’ils ne sont plus propriétaires de leurs terres. 

En 2008, le phénomène est sur le devant de la scène…

Ainsi, en 2008, l’ONG GRAIN a dénoncé ces achats de terres qui empêchent aux paysans de pouvoir utiliser librement la terre de leurs ancêtres… Le principal problème souligné par l’ONG est le suivant : « Les négociations se déroulent généralement entre un investisseur fortuné et un pays très pauvre. En général, les terres convoitées sont utilisées par des paysans locaux, c’est-à-dire par les populations les plus pauvres, qui ne participent pas à la négociation de ces accords. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, l’on signe des accords  avec des investisseurs étrangers sans régler les besoins d’accès aux terres pour la population locale. »

Et la Belgique là-dedans ?

Permettre aux populations de participer à ces négociations, c’est ce que veut rendre possible une résolution adoptée le 25 avril 2011 au Sénat. La proposition veut encourager le gouvernement belge à "participer au renforcement des capacités de négociation des pays concernés". Ce texte propose également, au-delà d’accompagner les pays dans ces processus de participation, de mettre ces enjeux au cœur de la coopération au développement belge comme par exemple en "favorisant les investissements dans des infrastructures de commercialisation et de transformation créatrices d’emplois en milieu rural". Une façon de s’assurer que les projets de développement s’appuient bien sur des structures locales et paysannes et non sur des structures étrangères qui rapatrient les bénéfices loin des pays en voie de développement. Comme le souligne la députée à l’origine du texte, « on ne peut pas avoir une politique de coopération sans tenir compte de ce problème. Renforcer les capacités de négociation deviendrait donc une des priorités de la coopération au développement si cette proposition est mise en pratique.

 

Une initiative intéressante qui soulève une question souvent trop peu connue…

 

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