Témoignage d'un ancien participant - Philippe Leroy - Do It 2000

Le 12/11/2009
                

Est-ce parce que je sentais quelques  idées abstraites remuer en moi que j’eus l’envie de m’engager dans mon premier « do it » ? Ou bien est-ce grâce à cette ouverture sur le monde et à travers ce premier défi que sont nées certaines aspirations ayant guidé mes choix futurs ? Probablement un peu des deux. Mais une chose est sûre : si ma vie et ses principales orientations n’ont pas changé, l’Afrique m’a cependant rendu un peu différent ; DBA m’a rendu un peu différent.

Les journées de formation, les aventures et les découvertes vécues lors de mon premier voyage, les différents séjours encadrés plus tard en tant que responsable DBA, et la réflexion attisée par toutes ces expériences, suscitée par tant de rencontres avec d’autres jeunes Belges, Burkinabé, Sénégalais, Béninois, m’ont ouvert à une autre dimension. Ouverture sur le monde, sur sa diversité et sa complexité. Ouverture sur moi-même, sur mes idéaux, mes contradictions et mes responsabilités. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir participer à ces immersions DBA. Parce que je fais partie d’une classe de privilégiés, ce dont ces différents voyages m’ont précisément fait prendre conscience.

On a souvent reproché au message de DBA d’être un peu simpliste : « Tout est beau en Afrique ; rien ne tourne rond dans le monde. » Ca n’est pourtant pas cela que mon engagement à DBA m’a fait comprendre, au contraire. La misère existe en Afrique, la malnutrition également, les conflits, les catastrophes naturelles aussi : rien ne nous a été caché ! Et nous en avons discuté longuement. Mais il existe aussi des partenariats et des projets de développement qui marchent, des Africains qui créent, qui se battent, qui ont des idées. Cela ne se sait pas assez et ne se voit pas assez. Et c’est simplement cela l’enjeu du projet DBA : briser certains préjugés et montrer aussi l’espoir de tout un continent. Parce que cette Afrique-là ne mérite pas qu’on la laisse tomber. Personne ne porte seul le poids de la responsabilité des failles de notre système et des inégalités qu’il engendre. Nous n’avons pas à nous sentir coupables. Cependant, Européens et Africains pouvons tous individuellement et collectivement, chacun à notre  niveau, selon nos compétences, nos moyens et notre temps disponibles, apporter une contribution au changement.

Hier, j’ai rencontré une jeune participante au dernier camp DBA au Burkina Faso. Après avoir un peu discuté de nos expériences respectives, je lui expliquai que j’avais terminé mes études de médecine par un stage au Cameroun, stage qui m’avait fortement marqué, et que j’allais maintenant entamer une spécialisation en Belgique. Elle m’a alors désarçonné par une question : « Et ça ne va pas te perturber de travailler dans un système de soins si perfectionné alors que tu as connu le Cameroun et toutes les difficultés qu’ils ont là-bas ? » Si, je crois bien que ca va me « perturber » ! Je ne pourrai jamais faire abstraction de tout ce que j’ai vu et vécu en Afrique. Avoir pris conscience de certains problèmes et certains enjeux me donnent une responsabilité : celle de décider si je veux plutôt accepter ou plutôt combattre cette situation. Il y a mille et une façons d’agir, que ce soit loin à l’étranger ou chez nous, tout près. Parfois, ce sont les petites actions sans éclat, non médiatisées, qui ont le plus d’impact et la plus longue portée ; un état d’esprit et une certaine éthique privée et professionnelle qui peuvent payer plus qu’un long discours ou qu’un projet pharaonique. Je ne suis qu’au début de mon parcours mais j’espère que jusqu’à la fin je garderai dans un coin de  mon esprit ce morceau d’Afrique, les espoirs et les rêves qui y sont nés.

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