Présidentielle 2005 au Burkina : un jeu sans enjeux ?

Le 14/11/2005
Avec la configuration politique actuelle, le déséquilibre flagrant en moyens matériels et financiers des candidats à la présidentielle, ajouté à cela l’analphabétisme de l’écrasante majorité des burkinabé (le taux de scolarisation, du primaire au supérieur est de 22%), l’on est en droit de se demander si enjeux véritables il y a dans cette élection prévue pour le 13 novembre 2005 au Burkina Faso. N’assiste-t-on pas plutôt à un jeu ? Celui de la démonstration de force des présidentiables ?

Malheureusement, il s’agit surtout de la force financière, au détriment de celle de la cohérence des programmes de gouvernement et des idées novatrices, pour sortir le pays de la nuit du sous développement. Pour nous, il n’y a pas d’enjeux car il n’y aura pas de changement. Il n’y aura pas de changement car la politique appliquée est celle du ventre et non de la tête ou des idées. En effet, d’une manière générale, ce ne sont pas des programmes politiques ou des idées que l’on vote, mais surtout des individus, sur la base de leur appartenance à une région, ou en fonction des vivres et autres tee-shirts et thé reçus. Dans ces conditions, possède toutes les chances, le candidat qui a le pouvoir économique. Or, celui qui a les moyens d’acheter les voix, c’est celui-là même qui est au pouvoir depuis bientôt 2 décennies. Outre sa scandaleuse fortune personnelle, il est soutenu par de nombreux chefs d’Etat africains (Ghana, Libye, Niger, Gabon, Togo etc). Il est conforté dans sa position car l’opposition, au lieu de s’unir, part en rang dispersé, avec 11 candidats en lice. Il n’y a donc pas d’enjeux parce que les résultats sont connus d’avance : La même personne restera au pouvoir pour appliquer la même politique...

Au-delà de cet échec de la démocratie à l’occidentale, il faut reconnaître cependant que des changements notables et progressifs sont en train de s’opérer au fil des années dans les mentalités des burkinabé, et que, dans quelques décennies, la tendance actuelle pourrait s’inverser de façon irréversible. Et puis, il faut reconnaître les efforts consentis par le gouvernement pour plus de transparence dans cette élection: urnes transparentes, bulletin unique, informatisation du fichier électoral…Ne diabolisons donc pas le régime en place, nonobstant ses nombreuses limites. N’a-t-il pas tout de même su préserver la paix sociale depuis belle lurette ? D’ailleurs, l’échec essuyée dans l’application en Afrique de la démocratie à l’occidentale, n’est-elle pas dans une certaine mesure, l’échec de la colonisation politique occidentale ?

Jean-Baptiste Tondé
représentant de DBA au Burkina Faso

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